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Jean-Marc Moutout
Un cinéma à hauteur d’homme
Voici douze ans, je recevais à Brest un prix pour la première fois. Et aujourd’hui, expliquer mon désir de cinéma est toujours impossible. Comment en rendre compte en quelques lignes définitives et complètes sans trahir l’objet d’amour.
De plus, j’entends toujours derrière cette question celle de ma légitimité à faire des films. Cela me tétanise, révélant ainsi, enfin et évidemment, mon imposture.
Je n’en aurai jamais fini avec mes peurs et avec les méchants. Avec la peur des méchants. Je n’en aurai jamais fini de vivre l’expérience mutante d’autres vies par ce lien étrange et intense de l’incarnation, de l’identification. De découvrir émerveillé l’étrangeté, et, dans le même mouvement, d’y voir ma propre existence. Je suis un “cinéfils”. Le cinéma m’a fait naître au monde et m’a révélé le monde.
Disciple mystique, je suis passé étourdi du spectacle de “Tarzan” à celui de “Stalker”, en quelques années. L’âge d’homme. J’ai pu grandir sans renoncer à la forêt vierge, et pleurer sa quête inassouvie avec les hommes qui franchissent la zone.
Comment expliquer le besoin auquel répond le cinéma ? Comment décrire le plaisir qu’il procure ? “Si je savais écrire, je ferais des livres” dit Godard, qui parle si bien... Alors des mentors, il y en a à foison, bien sûr. De quoi nourrir un festival à l’année.

De cette sélection aussi impossible que la demande de ce texte, se dessine une cartographie insolite, inattendue et qui me plaît. Parce qu’elle dit le bonheur d’être spectateur de tant d’horizons. Qu’elle est un tout petit aperçu de l’immense promesse que le cinéma a tenu et tient encore.

Jean-Marc Moutout

 

 

En novembre 1996, Jean-Marc Moutout recevait pour “Tout doit disparaître” le Grand prix du festival de Brest, coup d’envoi d’une longue série de récompenses internationales. C’est donc un naturel retour des choses que ce “parcours de cinéaste” qui lui est dédié, en sa présence, sur la 23e édition de la manifestation. Le thème de ce film de la révélation, autour du travail et de l’exclusion, reste – hélas – d’une brûlante actualité, douze ans après, et le réalisateur a creusé, au fil de plusieurs autres films (de court, moyen ou long métrage), un sillon affirmant de constantes préoccupations sociales et un engagement qui n’est pas si commun au sein de sa génération. Il serait toutefois réducteur de considérer selon cet unique prisme une oeuvre se situant désormais au stade de la confirmation, le réalisateur s’étant aussi imposé comme l’un des plus captivants conteurs du jeune cinéma français. L’ancien étudiant en cinéma de l’Institut des Arts de Diffusion, en Belgique, a ainsi immergé dans la dureté de l’époque les personnages de “Violence des échanges en milieu tempéré” (2004), nommé au César de la meilleure première oeuvre, et, plus récemment, de “La Fabrique des sentiments”, autour du
motif très contemporain du speed-dating et de la marchandisation des corps. C’est ainsi rien moins que l’intime et la place que l’individu doit trouver, à tous les niveaux, dans l’angoissant chaos collectif qu’explore au bout du compte ce cinéma à hauteur d’homme, et par conséquent si précieux.

Christophe Chauville



 
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